Seine-Saint-Denis : ces entrepreneurs qui prennent de plein fouet la crise du coronavirus

Seine-Saint-Denis : ces entrepreneurs qui prennent de plein fouet la crise du coronavirus

Société d’événementiels, taxi, réparateur de bagages, boulanger industriel : témoignage de professionnels en grande difficulté depuis l’effondrement de l’activité économique dans leurs secteurs respectifs.

(Par Claire Guédon. Article du Parisien – 16 mars 2020)
Mehdi Barka, fondateur de SOS Baggage
Mehdi Barka, fondateur de SOS Baggage, une entreprise basée à Tremblay-en-France qui répare les valises des clients des compagnies aériennes. LP/OLIVIER ARANDEL

Délicat de ramener à soi, de parler froidement emploi, chiffres d’affaires et charges quand l’urgence est d’abord sanitaire. Mais la très grave crise provoquée par le coronavirus a aussi des retombées directes et immédiates dans l’économie du « réel ». Des incertitudes financières qui ajoutent à l’angoisse de l’avenir. Quatre entrepreneurs de Seine-Saint-Denis témoignent.

« Une situation qui peut devenir catastrophique », pour SOS Baggage, à Tremblay-en-France

« Si on ne rattrape pas cet été ce qu’on perd actuellement, la situation peut devenir catastrophique. » Dynamique, énergique mais lucide : Mehdi Barka, le fondateur de la société de réparation de valises SOS Baggage, à Tremblay-en-France travaille pour les grandes compagnies aériennes de l’aéroport de Roissy. Et il est très clair face à l’ampleur de la crise.

« En 48 heures, avec la fermeture des frontières américaines et la baisse générale du trafic aérien, j’ai perdu 50 % de mon chiffre d’affaires, détaille-t-il. J’ai réuni mes salariés pour leur dire que la situation était grave, que ça allait être dur. » L’entrepreneur qui « a démarré de rien », comme il dit, dirige aujourd’hui un atelier de réparation à Tremblay et a aussi créé six magasins de bagages en région parisienne.

« J’ai recruté à Sevran, Aulnay ou Bobigny, souligne celui qui fait travailler au total, entre 25 et 30 salariés. Mehdi Barka envisageait ce week-end de mettre six personnes en chômage partiel. Son autre difficulté est qu’il ne reçoit plus aucune fourniture de Chine depuis le mois… de janvier, toujours à cause du coronavirus.

« A 100 % en chômage partiel à partir de mardi », pour LMA, à Stains

La société LMA
La société LMA, à Stains est spécialisée dans la logistique audiovisuelle pour séminaires et rencontres institutionnelles. DR

Spécialisée dans la location de matériel audiovisuel, la société LMA de vingt salariés gère toute la logistique autour des séminaires et de rencontres institutionnelles, de la captation vidéo à l’arrangement scénique. « Nous sommes désormais à l’arrêt total », confie Thierry Bourgeois, le PDG de l’entreprise qui compte déjà « 350 000 € de prestations annulées » en quelques jours.

 

Ses clients renommés vont de L’Oréal à Eiffage. « J’ai déjà perdu entre 10 et 12 % de chiffres d’affaires et ça va continuer », constate-t-il. « On est à 100 % en chômage partiel à partir de ce mardi. » Pas évident aussi d’obtenir des infos des services de l’état de la Direccte. « Pour prendre des décisions, il faut savoir comment les mettre en place », regrette-t-il. Face aux mesures de confinement, Thierry Bourgeois avouait ce lundi après-midi ne pas avoir encore de solution de technique pour travailler à distance. « Dans nos locaux de Stains, on n’a même pas la fibre ! »

« Plus d’appels de clients, une baisse d’activités de 80 % », Abdelkader, taxi, à Aulnay-sous-Bois

Une grande partie des revenus d’Abdelkader, taxi indépendant depuis cinq ans, à Aulnay-sous-Bois dépend du transport conventionné vers des établissements de santé : « Je véhicule des personnes âgées, d’autres qui ont des difficultés de déplacement pour leurs soins. Mais tous les rendez-vous médicaux non urgents sont annulés, rapporte le chauffeur. Mon chiffre d’activités a baissé de 70 à 80 %. Je ne reçois plus aucun appel de clients non plus ! Les gens ne sortent plus. Et dans les jours qui viennent, ça va être pire ! » Abdelkader s’organise financièrement. « Je vais faire des demandes de reports de charges et de cotisations », souligne-t-il.

« La trésorerie peut tenir un mois », pour Pani France, boulangerie industrielle à Neuilly-sur-Marne

Pani France
Installée à Neuilly-sur-Marne, la boulangerie industrielle Pani France emploie une cinquantaine de salariés. DR

C’est une entreprise familiale, portée par trois générations : la boulangerie industrielle Pani France qui emploie une cinquantaine de personnes à Neuilly-sur-Marne fournit hôtels et restaurants, écoles, hôpitaux et sociétés. « Nous avons environ 500 clients. Une des conséquences du télétravail est que les restaurants d’entreprise n’ont plus besoin de nous. Dans ce secteur, notre chiffre d’affaires a chuté de 80 à 90 % », décrit Grégory Gabelle, l’un des dirigeants de Pani France.

L’annulation d’événements festifs s’est également fait sentir, mais la situation évoluant d’heure en heure, il est aussi difficile d’anticiper. « La trésorerie peut tenir un mois mais tout le monde est un peu perdu, poursuit Grégory Gabelle. Nous avons investi en novembre 800 000 € dans de nouvelles machines de découpe de la pâte. Heureusement, pour des reports et gels de crédits, nos banques nous soutiennent. On devait réinvestir 170 000 € dans des fours mais désormais on attend de voir. »

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